Friday, October 17, 2008

Psychopolitique

La lecture psychopolitique de Peter Sloterdijk permet également d’éclairer d’un jour nouveau le triste destin des partis de gauche, notamment en France et en Italie, et de dépasser les analyses sommaires.

Comme je ne prends pas le temps de faire référence aux auteurs qui influencent la façon dont je lis le monde, et parce que mes retranscriptions sont sommaires, quand elles ne tombent pas dans la caricature, il est évidement assez facile pour Albertine de m'accuser de dire n'importe quoi - elle qui fait une lecture politique basée sur des concepts élaborés par des dinosaures. Il est tout aussi facile pour Jean-Louis Fraysse de se retrancher derrière un discours fondé sur la doxa, le bon sens commun, sorte de catéchisme à l'usage de l'homme de gauche, et de se montrer quelque peu condescendant en m'imaginant sous les traits d'un martyr de la civilisation occidentale moderne. L'une comme l'autre comprendront peut-être mieux ce à quoi je fais allusion s'ils se donnent la peine, non pas de lire "Colère et temps" sur toute sa longueur, mais un compte rendu et une critique de cet essai de Sloterdjik, dont voici un petit extrait. [Extrait à mettre, aussi, en rapport avec un billet de Didier Goux.]
Ce qui est en jeu dans la modernité économique, c’est tout simplement le remplacement du pilotage thymotique des affects (qui n’a que l’apparence de l’archaïsme), en même temps que ses aspects incompatibles avec le marché (qui n’ont que l’apparence de l’irrationnel), par la psychopolitique, plus conforme à l’époque, de l’imitation du désir et de la culpabilité calculatrice. Cette métamorphose ne peut être obtenue sans une profonde dépolitisation des populations – et, liée à celle-ci : sans la perte progressive du langage au profit de l’image et du chiffre . Les partis de la gauche classique, notamment, dans la mesure où ils sont en soi des banques de colère et de dissidence, ne peuvent, dans ce nouveau climat, se faire remarquer que comme des reliques dysfonctionnelles. Ils sont condamnés à lutter, avec des discours laids, contre les images de belles personnes et des tableaux de chiffres durs – entreprise vouée à l’échec. En revanche, comme des poissons dans l’eau, les social démocraties du type New Labour évoluent dans l’élément de l’érotisme capitaliste – elles ont abdiqué leur rôle de partis de la fierté et de la colère, et pris le virage menant vers la primauté des appétits.
Peter Sloterdijk

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5 Comments:

Blogger ikuulup said...

Scheiro, en fait, la gauche, exalte la colère et le ressentiment des gens par exemple? (c'est ça? lol)

Mais si c'est ça, c'est crapuleux!!

Sun Oct 19, 03:47:00 PM 2008  
Blogger ikuulup said...

Mais, ce ne sont pas aussi des gens qui se laissent exalter ou qui s'auto-exaltent?

Des gens qui s'exaltent et qui exaltent les autres...?

Sun Oct 19, 04:12:00 PM 2008  
Blogger Scheiro said...

C'est exactement ça, Ikuulup, les socialistes sont comme ces préteurs de dollars qui arnaquent les pauvres qui veulent construire une maison. Après vous avoir bien excité contre "les expoiteurs" selon leur jargon, ils vous disent "Non, non, ne vous révoltez pas tout de suite; agrafez un peu de votre colère avec un billet de 100 euros et déposez le dans notre banque et, nous, on se chargera de faire fructifier tout ça. Aux prochaines élections, grâce à votre colère et votre cotisation, on niquera les riches et on vous payera des intérêts". Mais en réalité, avec la colère des pauvres et les billets récoltés, ils vont bouffer au restaurant à la même table que les riches, se payent des voyages à Porto Alegre ou à Punket, vont danser la rumba dans les boites de nuits du cousin socialiste Gbagbo à Abidjan, s'achètent des iPhones pour se tenir au courant des bons plans et, accessoirement, donner des mots d'ordre pour les grèves, etc... Ah si, ils se servent aussi des e-books payés par leurs concitoyens pour harceler sexuellement les pauvres employées sous leurs ordres, en les bombardant de mails, se payent de grandes salles de concert avec son et lumière pour jouer en playback les Madona de bas étages et plein d'autres choses comme ça. Quand vous leurs demandez de vous rembourser, parce qu'il se sont fait rétamés à toutes les élections, ils vous persuadent de garder confiance: en 2012, ça sera bon ! Sauf qu'entre tps, la banque rose sera tombée en ruine que votre colère ne servira plus qu'à faire rigoler tout le monde, même les Chinois et les Russes.

Sun Oct 19, 05:07:00 PM 2008  
Blogger Scheiro said...

Mais bon, dans ce domaine vous avez aussi de l'avance sur les Fr., n'est-ce pas. Les affaires avec vos barrons socialistes ont fait qqs vagues et pas mal remué les consciences politiques, hein, Ik?

Sun Oct 19, 05:11:00 PM 2008  
Blogger ikuulup said...

Bon, donc, si on les laissait dire ou faire ils en exalteraient les gens à taper sur les riches (bon, par exemple, lol, pour faire simplifié pour moi ;) ? Mais c'est à peu près ce que font implicitement l'extrême-gauche? (je veux dire, c'est ça que vous vouliez dire avec Olivier Besancenot, par exemple?)

Non, sinon, il ne me semble pas que les affaires remuent spécialement, il faudra voir aux prochaines élections les résultats du PS :)

Sun Oct 19, 05:30:00 PM 2008  

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