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Tuesday, March 24, 2009

Montpellier III bloquée

Montpellier III toujours bloquée
AFP
23/03/2009 | Mise à jour : 19:12 |
L'université Montpellier III (Lettres et Sciences humaines) était toujours bloquée aujourd'hui, une situation qui devrait perdurer jusqu'à jeudi, date d'une nouvelle assemblée générale des étudiants.
Une consultation électronique des étudiants a été organisée par la présidence de l'université en fin de semaine dernière.
Une majorité (2.105) des 3.475 votants s'est prononcée contre le blocage, soit 60,5%. 1.081 personnes ont voté pour la poursuite du blocage (31,1%).
Mais ce scrutin n'avait qu'une valeur "indicative" selon la présidence.

Thursday, February 19, 2009

L'université, pour quoi faire ?

Martine Laval a reçu ce matin ce mot de Pierre Jourde, écrivain et professeur d'université.

"Pendant des décennies, l’université a avalé sans broncher les réformes les plus burlesques. Et voici brusquement les universitaires de toutes tendances politiques, les présidents d’université les plus modérés, les chercheurs les plus prudents, gauche et droite mêlées, qui se retrouvent dans la rue, à lever le poing avec des étudiants et de jeunes chercheurs. Pour en arriver à cela, il faut un sentiment profond d’humiliation, de mépris pour les professions intellectuelles, qui dure depuis très longtemps, et qui ne vient pas seulement de nos hommes politiques, mais aussi de la représentation qui est donnée de ces professions par certains médias, à partir d’une méconnaissance profonde de leur réalité quotidienne.

Cela ne tient pas seulement au déferlement des clichés populistes. Ce n’est pas seulement parce que l’on fait passer pour des fainéants des gens qui ne cessent de travailler, pour des salaires minables, dans des lieux souvent sordides. Ce n’est pas seulement parce que l’on prétend évaluer enfin des chercheurs qui le sont en réalité toute leur vie, sur des critères très sélectifs. Ce n’est pas seulement parce que le temps qui pourrait être consacré aux étudiants et aux recherches est en réalité dévoré par une bureaucratie envahissante. C’est aussi et surtout parce qu’il s’agit d’une politique globale de destruction de la culture générale, qui touche l’université, la formation des professeurs, les concours de la fonction publique, l’audiovisuel, etc.

Nous formons les futurs professeurs, et on nous demandera de les recruter, non plus sur ce qu’ils savent en littérature ou en sciences, mais sur des critères techniques étroits. Dans tous les domaines, il s’agit de ne former que des visseurs de boulons soumis, étroitement rivés à leur tâche. Et cela concerne l’éducation dans son ensemble, de la maternelle à l’université. Les universitaires manifestent contre cette vision de la société.

Nous ne voulons pas former seulement des techniciens soumis, aux compétences étroites, mais des hommes et des citoyens. Nous pensons que la recherche est d’autant plus créatrice qu’elle n’est pas soumise à des objectifs purement utilitaires. Que le sens d’une vie ne se résume pas à des savoir-faire techniques. Qu’un professionnel est d’autant plus efficace que sa vision n’est pas étroitement limitée à son domaine de compétence. Que la culture est partie intégrante du fait de devenir homme."

C'est, globalement, ce point de vue que BBL défend en réponse à une question posée par Rubin Sfadj : "Autonomie des universités : une bureaucratisation en trompe l'oeil ?"

Monday, February 9, 2009

Les gogooglelisés

Barbara Cassin, philosophe et directrice de recherche au CNRS, dénonce sur Rue89, le "scandale" de la méthode de notation - évaluation des enseignants-chercheurs - qui, à l'instar de Google, fait que "la qualité devient une propriété émergente de la quantité".
Pour Google, ce qui est mis au-dessus, c'est ce vers quoi le plus de sites renvoient, c'est-à-dire une pratique de citations. C'est comme ça que ça se passe pour les chercheurs. Plus vous écrivez de textes dans des revues répertoriées, plus ces textes sont cités, plus vous êtes bien classés.
Valérie PécresseJean-Marie Brohm, philosophe et sociologue, que je connais d'assez près, donne une idée plus complète de ce qui freine la recherche et tout le reste. Son analyse, Sociologie critique et critique de la sociologie, s'applique, à mon avis, à tous les départements de l'Université française.
L’une des dimensions les plus critiques de la sociologie critique est l’analyse non euphémisée des mœurs et pratiques professionnelles des sociologues. On juge quelqu’un, disait Marx, non pas sur ce qu’il dit ou écrit, mais sur ce qu’il fait. Or, les diverses “équipes”, coteries, corporations, écuries, réseaux affinitaires, sociétés secrètes qui font et défont la sociologie sont pris dans d’impitoyables logiques de pouvoir et de concurrence où les jeux ne sont pas tous de langage et les enjeux jamais ludiques. Les gestions de carrière (les promotions...), les nominations (les mutations...), les ambitions de carrière (les habilitations individuelles et collectives, les responsabilités administratives), les publications dans les revues, les colloques, les jurys de thèse, les voyages à l’étranger donnent lieu à de peu reluisantes violences symboliques (rumeurs calomnieuses, insinuations, excommunications, amagalmes, etc.) ou, pire, administratives (blocages de carrière, marginalisation, harcèlement) dont sont d’abord victimes les jeunes sociologues. Ce n’est que rarement ou alors par discrète allusion que sont évoquées les pratiques de lynchage des “meutes” sociologiques pour paraphraser Elias Canetti (Canetti 1966). La sociologie de la sociologie et des sociologues refoule ainsi soigneusement les luttes de places, les stratégies de classement, déclassement et reclassement, les alliances douteuses, les connivences sans principes, les refus d’argumentation, les exclusives disqualifiantes, la mauvaise foi et l’opacité bureaucratique qui sont l’apanage de toute nomenklatura et que l’on peut régulièrement observer dans les commissions locales de recrutement, les comités de lecture des revues et des éditions, les comités d’expertise et d’évaluation et par dessus tout au CNU (Conseil national des universités) qui décide du sort des jeunes entrants et du prestige des vieux sortants (la fameuse classe exceptionnelle...).
"On le voit, la sociologie critique dispose de peu d’espace pour exister..." dit Brohm, en conclusion. Mais la connerie a largement la place pour se développer et prospérer, n'est-ce pas ?