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Monday, May 25, 2009

Le sujet

"Le sujet n'est ni à l'image de lui même, ni à l'image de la machine, il est devenir. Devenir n'est pas atteindre à une forme ou à une image, c'est le lien à autrui, trouver, traverser des lignes de sens et d'expression par où passe et s'invente de la subjectivité. S'il parle, s'il s'engage dans cet exercice indéfini, indispensable, jamais achevé, qu'est la conversation, ce n'est pas simplement pour échanger des informations, mais pour apprendre de l'autre qui il est.Il est l'image de ce qui parle. De ce qui parle en lui, dans cette relation fondamentale de la parole, "le pacte de la parole avec l'autre" qui l'établit dans sa subjectivité."
Jean-Marie Prieur. Vent traversier, langage et subjectivité [p. 10].

Thursday, March 19, 2009

Immortalité

"L'homme est capable de réparer toutes les défaillances de son organisme et d'en augmenter les performances; d'ici cinquante ans, il sera devenu immortel", écrit Ray Kurzweil.

Genevieve Grimm-Gobat, qui a lu les prédictions de ce chercheur qualifié d'"infatiguable génie" par le Wall Street Journal, rapporte qu'il estime que génétique, nanotechnologie et robotique (GNR) constitueront autant de révolutions qui se chevaucheront pour créer l'homme qui nous succédera et qu'actuellement, nous connaissons les débuts de la révolution «G».

Les révolutions achevées, il sera possible de communiquer entre humains via l'interconnexion des cerveaux, d'implanter des robots de taille moléculaire capables de nettoyer les artères ou de lutter contre le processus du vieillissement, de placer des capteurs susceptibles d'informer les individus qui les portent de leur condition physique ou de la qualité de leur environnement et de jouir d'interfaces cerveau-machine permettant de contrôler par la pensée usines, automobiles ou domiciles.

Ah ! Vivement demain ! Vivre en symbiose permanente et éternelle avec tous les bloggers de mon entourage... quel rêve merveilleux !

Tuesday, March 17, 2009

Semblable à un ours

Où est l'homme qui, semblable à un ours dans la société, ne voudrait s'occuper continuellement qu'à satisfaire ses désirs sans égards pour les bienséances ni pour le repos d'autrui : serait-on heureux avec de pareils sentiments ?
Jean-Jacques Rousseau dans son Mémoire à M. de Mably.
Franchement, seriez-vous heureux en société avec les sentiments d'un ours ?

Friday, November 28, 2008

Claude Lévi-Strauss a 100 ans

Vous n'avez peut-être jamais eu l'occasion de lire un texte de Claude Lévi-Strauss. Ce soir, je veux favoriser la rencontre avec cet homme qui a tout juste 100 ans aujourd'hui. Mon admiration pour ce savant est immense. Il fait parti des auteurs dont les livres ont littéralement porté ma vie. Joyeux anniversaire, Monsieur Lévi-Strauss !
Surtout, on s'interroge : qu'est-on venu faire ici ? Dans quel espoir ? À quelle fin ? Qu'est-ce au juste qu'une enquête ethnographique ? L'exercice normal d'une profession comme les autres, avec cette seule différence que le bureau ou le laboratoire sont séparés du domicile par quelques milliers de kilomètres ? Ou la conséquence d'un choix plus radical, impliquant une mise en cause du système dans lequel on est né et où on a grandi ? J'avais quitté la France depuis bientôt cinq ans, j'avais délaissé ma carrière universitaire ; pendant ce temps, mes condisciples plus sages en gravissaient les échelons ; ceux qui, comme moi jadis, avaient penché vers la politique étaient aujourd'hui députés, bientôt ministres. Et moi, je courais les déserts en pourchassant des déchets d'humanité. Qui ou quoi m' avait donc poussé à faire exploser le cours normal de ma vie ? Était-ce une ruse, un habile détour destinés à me permettre de réintégrer ma carrière avec des avantages supplémentaires et qui me seraient comptés ? Ou bien ma décision exprimait-elle une incompatibilité profonde vis-à-vis de mon groupe social dont, quoi qu'il arrive, j'étais voué à vivre de plus en plus isolé ? Par un singulier paradoxe, au lieu de m'ouvrir un nouvel univers, ma vie aventureuse me restituait plutôt l'ancien, tandis que celui auquel j'avais prétendu se dissolvait entre mes doigts. Autant les hommes et les paysages à la conquête desquels j'étais parti perdaient, à les posséder, la signification que j'en espérais, autant à ces images décevantes bien que présentes s'en substituaient d'autres, mises en réserve par mon passé et auxquelles je n'avais attaché aucun prix quand elles tenaient encore à la réalité qui m'entourait. En route dans des contrées que peu de regards avaient contemplées, partageant l'existence de peuples dont la misère était le prix - par eux d'abord payé - pour que je puisse remonter le cours de millénaires, je n'apercevais plus ni les uns ni les autres, mais des visions fugitives de la campagne française que je m'étais déniée, ou des fragments de musique et de poésie qui étaient l'expression la plus conventionnelle d'une civilisation contre laquelle il fallait bien que je me persuade avoir opté, au risque de démentir le sens que j'avais donné à ma vie. Pendant des semaines, sur ce plateau du Mato Grosso occidental, j'avais été obsédé, non point par ce qui m'environnait et que je ne reverrais jamais, mais par une mélodie rebattue que mon souvenir appauvrissait encore : celle de l'étude numéro 3, opus 10, de Chopin, en quoi il me semblait, par une dérision à l'amertume de laquelle j'étais aussi sensible, que tout ce que j'avais laissé derrière moi se résumait.
Tristes Tropiques, Plon, 1955, p. 435.
Deux textes de Claude Lévi-Strauss sur Traverses :

Monday, August 25, 2008

Be Back Later

BBL, mon ange, que j'incitais à twitter, a préféré ouvrir un blog. Pourtant, récemment encore, elle ne voulait pas avoir vraiment affaire avec cette activité; jusqu'à maintenant, elle s'était contentée de laisser quelques commentaires de-ci de-là. Mais hier, elle a franchi le pas et, aujourd'hui, en début d'après midi, elle a publié son second billet - le tout premier est une annonce sous forme d'image - où elle met en question "l'omniprésence d'un Imaginaire social ultra-redondant, ou encore la sur-imposition de l'Identitaire et des re-présentations sociales stéréotypées, l'infinie répétition du Même où trouvent désormais à se réassurer en permanence nos con-citoyens".
Vous êtes donc chaleureusement invités à laisser vos remarques, critiques, commentaires et encouragements sous la série de textes qui débute sur Be Back Later.
Longue vie à ce nouveau blog !

Monday, August 11, 2008

L'imagination

adorno horkheimer philosophie humanité
Je n'ai pas grand chose à faire et je n'ai pas envie de faire beaucoup de choses. Le blogging s'en ressent: les posts sont de moins en moins signifiants. Aussi j'essaye de contrebalancer cette plongée vers l'insignifiant en faisant appel aux grands hommes, ceux qui n'ont rien su des subtilités de la publication de billets en ligne. J'espère que des évocations, comme celles-ci, me feront retrouver mes esprits, ou, du moins, m'éviteront de m'égarer définitivement dans le vide, la béance, l'aride divertissement, le niveau J.O. de la pensée.

Friday, July 11, 2008

Univers symbolique

Le cercle fonctionnel de l'homme ne s'est pas seulement élargi, il a également subi un changement qualitatif. L'homme a, pour ainsi dire, découvert une nouvelle méthode d'adaptation au milieu. Entre les systèmes récepteur et effecteur propres à toute espèce animale existe chez l'homme un troisième chaînon que l'on peut appeler système symbolique. Ce nouvel acquis transforme l'ensemble de la vie humaine. Comparé aux autres animaux, l'homme ne vit pas seulement dans une réalité plus vaste, il vit, pour ainsi dire, dans une nouvelle dimension de la réalité. Entre les réactions organiques et les réponses humaines existe une différence indubitable. Dans le premier cas, à un stimulus externe correspond une réponse directe et immédiate ; dans le second cas, la réponse est différée. Elle est suspendue et retardée par un processus lent et compliqué de la pensée. Le bénéfice d'un tel délai peut sembler à première vue bien contestable. "L'homme qui médite, dit Rousseau, est un animal dépravé" : outrepasser les frontières de la vie organique n'est pas pour la nature humaine perfection mais dégradation.

Il n'existe pourtant aucun remède contre ce renversement de l'ordre naturel. L'homme ne peut échapper à son propre accomplissement. Il ne peut qu'accepter les conditions de sa vie propre. Il ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l'art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l'expérience humaine. Tout progrès dans la pensée et l'expérience de l'homme complique cette toile et la renforce. L'homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face. La réalité matérielle semble reculer à mesure que l'activité symbolique de l'homme progresse. Loin d'avoir rapport aux choses mêmes, l'homme, d'une certaine manière, s'entretient constamment avec lui-même. Il s'est tellement entouré de formes linguistiques, d'images artistiques, de symboles mythiques, de rites religieux, qu'il ne peut rien voir ni connaître sans interposer cet élément médiateur artificiel.

Ernst Cassirer, Essai sur l'Homme.