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Monday, February 16, 2009

Les héritiers

Après avoir signifié qu'il était "attaché aux droits individuels [tels que] la liberté de penser, d’expression, de religion, de résistance à l’oppression", ce qui révèle un petit problème au niveau sémantique, ce blogger affirme : "je ne supporte pas que l’État, les entreprises, les riches, les administrateurs, les religieux, les politiques, puissent, à un quelconque moment, réduire mes possibilités de réflexion et de jugement."

Oui, arrivé à ce stade, on se dit qu'il est inutile d'aller plus loin, d'essayer d'entamer un dialogue; ce type ne risque plus rien; l'éducation nationale a parfaitement fait son travail; nous avons là un excellent citoyen et les socialistes peuvent dès lors compter sur un militant exemplaire !

Vive la liberté de résistance à l'oppression et vive la République des ratatinés du bulbe !

Thursday, May 8, 2008

Que dit Bourdieu ?

Que dit Bourdieu ? Qu'il faut que les intellectuels donnent des armes aux dominés pour qu'ils s'affranchissent de la domination que les dominants font peser sur leurs épaules. C'est lui, l'intellectuel, qui a travaillé toute sa vie pour mettre à jours les mécanismes sociaux qui font que deux classes s'affrontent, qui sait ce qu'il faut faire pour abolir cette situation: il ne nous reste plus qu'a suivre ses conseils... si, bien entendu, nous nous trouvons dans la position du dominé. Et, si nous ne savons pas où nous situer, ce n'est pas grave Doc Bourdieu va nous l'expliquer.

Mais comment peut-il nous l'expliquer ? Ben tout simplement parce que c'est un expert. Mais, si c'est un expert, il possède un capital symbolique que nous n'avons pas. Il se situe donc du côté des dominants. Comble de malheur, cet expert nous dit de nous méfier des experts. Le mauvais expert est celui qui est rémunéré par les riches, et le bon celui qui vit au sein d'un collège, d'une église, et se contente d'une bicyclette et de frugalité. Donc, nous qui sommes pauvres, nous avons tout intérêt à faire confiance aux pauvres. Sauf qu'on sait que les riches aiment s'entourer des meilleurs experts et qu'ils vont leur donner tous les moyens de mener leurs expertises à bien, et on sait aussi que si effectivement les riches se foutent de la gueule des pauvres, des pauvres commencent par baiser d'autres pauvres pour devenir riches avant même que d'essayer de baiser les riches, car les riches se protègent mieux que les pauvres ce qui fait que c'est plus difficile de les baiser. La seule façon de baiser les riches c'est de se mettre à plusieurs pour leur casser la tête. Mais ça Bourdieu il veut pas parce qu'il dit que la violence c'est l'apanage des riches. Que la clé de la réussite des pauvres, c'est de comprendre ce que les gentils chercheurs humanistes pauvres nous disent. Mais pour qu'on comprenne ce qu'ils nous disent, il nous faut acquérir un langage de riche, cette langue que parlent ces chercheurs qui nous veulent du bien.

Tout ça c'est très bien, mais, d'un autre côté, tant qu'on a la TV et des mangas, pourquoi on devrait s'emmerder à comprendre les riches qui eux-mêmes s'emmerdent avec des trucs aussi chiant qu'on en trouve sur Arte.
En fait, si on devine ce que Bourdieu nous demande, c'est qu'il faut qu'on achète ses bouquins et ceux de ses copains pour nous libérer du boulot que nous font faire les riches et si on ne veut pas faire ça, et, bien ce n'est pas grave, parce qu'eux, Bourdieu et ses potes, ils savent ce qu'il nous faut et il suffit qu'on leur fasse confiance, qu'on fasse comme ils nous disent, et surtout, qu'on arrête de nous disputer entre nous et de nous arnaquer mutuellement.
Ben ouais ! On ne fait déjà pas confiance aux syndicats et on va faire confiance à ces types là.

Mais d'où ils sortent ces branques ? Ils leur faut autant d'années d'études pour en arriver à des conneries pareilles: "Si tous les chercheurs du monde veulent bien se donner la main... tsoin, tsoin !" ?

Parce que l'histoire que je vous raconte, ici, ce n'est pas une histoire de seconde main, une histoire sur l'homme qui a vu l'étudiant qui a vu le film de Carles sur Bourdieu, mais c'est bien ce que Bourdieu raconte lui-même.

Bon, vous me direz, c'était sur la fin de sa vie; il était certainement déjà terriblement souffrant; il a commencé a pendre son rôle de pédagogue au sérieux, et, comme ses propres étudiants commençaient à émettre de sérieux doutes sur ses théories, il a essayé de rallier à sa vision de la société idéale, des semi-lettrés, des lycéens, des éducateurs, des postiers, etc...

I had a bourdream !

Sunday, May 4, 2008

Bourdieuseries

Parce que je sais qu'Albertine tient ses promesses et parce que j'étais persuadé qu'elle reviendrait sur le cas Bourdieu, j'avais préparé un texte de Nathalie Heinich, Ce Bourdieu-là ne nous manque pas, histoire de ne pas me sentir trop isolé et de me situer du côté "des gens qui n'ont pas la mémoire courte - ou l'inculture profonde - au point d'avoir oublié que "la pensée au service de l'espace public", ça a donné, entre autres, l'aveuglement stupide de Sartre et de Beauvoir - parangons de l'"intellectuel engagé" - envers l'horreur des camps, nazis ou soviétiques. Des gens qui estiment qu'un chercheur ne trahit pas sa mission en faisant ce pour quoi il est payé par la collectivité : produire du savoir ; et que ceux qui utilisent le prestige de la chaire pour assener leurs opinions personnelles à des étudiants fascinés ou à des militants fanatisés ne sont peut-être pas les mieux placés pour donner à leurs pairs des leçons de probité intellectuelle (sans même parler de productivité scientifique)." [N.H.]

Bon, vous savez que je ne me positionne pas du côté des idolâtres et des mystificateurs de la gauche bien-pensante. Car, j'ai de bonnes raisons de ne pas totalement adhérer aux thèses de Bourdieu, ou plutôt, à ce que j'en sais.

Deux autres papiers se rapportent aux sujets qui, dernièrement, ont été largement abordés sur le blog de notre amie Albertine : une critique de La sociologie à l’épreuve de l’art, essai de Nathalie Heinich, et, quelques Remarques à propos de L’Élite artiste.

Monday, March 24, 2008

Boudieu, le haineux

Albertine, je vais tenir ma promesse, avec quelques semaines de retard, en te disant pourquoi je déteste Bourdieu. C'est totalement subjectif au départ, et puis, par la suite, viennent quelques arguments.

Je ne sais rien de Bourdieu, je sais à peine que ce type existe, jusqu'au jour où sur Arte, en 1999 [merci Wikipedia], je le vois en compagnie de Günter Grass qui l'a invité chez lui, peu après avoir reçu le prix Nobel de Littérature. A l'époque, je ne lisais encore que très peu d'essais, mais beaucoup de romans, et j'aime "Le tambour", entre autres. Je découvre sur l'écran un type dont le nom, par sa sonorité sourde et disgracieuse, empâte mes oreilles "bourdieu" mais qui, surtout, se comporte comme un connard impoli face à son hôte allemand. On sent que ce type crève de jalousie et de rancoeur, et qu'il pense que c'est lui qui aurait dû être le nobélisé. Je ne sais rien de cet individu, parce que, pour des raisons particulières, je n'ai rien su des grèves de 1995 pendant lesquelles il a, parait-il, fait un tabac. Je n'ai donc appris que par le suite que cet abruti jouait le Sartre nouveau sur les barricades. De plus, la fac de Lettres ne représente encore, à cette période, qu'un enclôt où se concentrent les plus belles filles de la cité, mais c'est un territoire que je n'ai pas le temps, ni l'occasion de fréquenter.

J'ai ensuite pu retrouver Bourdieu face à Schneidermann, lors d'un Arrêt sur Image. Entre temps, j'en avais appris un peu plus sur le personnage, je commençais à fréquenter l'université. Cet épisode n'a fait que confirmer la piètre estime que j'avais de ce bourrin, et il était évident que ce mec souffrait terriblement d'être le guru des étudiants en sciences sociales, que les médias, à la botte du patronat, ne traitaient pas avec toute la haute considération et la déférence qu'on doit à une intelligence de cet acabit. J'ai lu ses derniers écrits "Contre-feux I & II" et "Sur la TV" que j'avais acheté et qui doivent aujourd'hui se trouver à Koweït-city parce que je les ai donné à un ami, qui maintenant enseigne le français à ses compatriotes, et se passionne pour ces problèmes ahurissants et exotiques, si typiquement franco-français. Je me souviens aussi d'avoir sorti de la BU "Ce que parler veut dire" parce qu'en rapport avec mes études en sciences du langage. Mais, je ne suis pas un exégète de l'oeuvre bourdieusienne, c'est ce que je veux souligner.

Mais ce qui fait que je ne peux, globalement, pas être d'accord avec ce mec, c'est que j'admire le travail de Foucault, que je connais mieux que celui du venimeux. Travail qui va à l'inverse des thèses de ce marxiste attardé, qui se défend d'être marxiste tout en n'arrivant pas à dépasser l'idée de classe du marxime, idée qu'il renforce à peine en imaginant un tas de sous-classes, de la musisque en passant par le sport.
Ce qui fait que maintenant, dans ce pays, on croit savoir qui tu es si tu passes tes vacances à la montagne où tu écoutes Iggy Pop tout en mangeant du mille-feuilles au café.

Ce sociologue pose un regard sur l'humanité, préalablement divisée en classes qui ont des habitudes très spécifiques, discriminées selon des critères tout à fait arbitraires - comme ceux de la division de l'humanité en races, rouge, jaune, noir, blanc. Une fois les divisions établies, les catégories construites par ces sociologues de merde, il suffirait d'examiner le contenu de ces classes, comme on examine des boites de conserve, pour dire des choses intelligentes sur l'homme.

Alors que cette classification n'a qu'un seul but : se mettre à la tête d'une de ces catégories - dans ce cas ceux qui ont été classés comme pauvres, à qui ont aura bien fait croire qu'ils sont pauvres - et tenter d'exercer son pouvoir sur les individus qui la composent. On fait se battre les opprimés avec les oppresseurs, comme on fait se battre les Hutu avec les Tusti, après avoir composé, de manière tout à fait artificielle, deux ethnies. Bourdieu est un spécialiste : il a crû pouvoir découvrir des dominés/dominants, et il en voit partout, sans qu'on arrive à comprendre comment on peut faire partie d'une catégorie ou d'une autre!

Foucault montre bien que cela ne relève que de l'imaginaire, donc largement soumis à la relativité socio-historique. C'est à dire que tout individu, mis à part le prince, se trouve à la charnière de deux mondes, dominé ou dominant, selon le contexte, la situation, le moment. Bourdieu, et ceux qui se reconnaissent dans ce genre de théories fumeuses, ne font que souffrir de complexe d'infériorité, et cherchent un tas de prétextes pour soi disant résister et combatre des choses qu'ils n'arrivent pas, en réalité, à assumer.

D'un côté Foucault, une personne douée d'une grande intelligence et fière d'elle même, un individualiste sceptique et déculpabilisé, et, de l'autre, Boudieu, un laborieux, un stakanovitch de la statistique, honteux de ses origines provinciales, qui voudrait, par vengeance, entraîner le maximum de gens dans le ressentiment et fait tout pour les dresser les uns contre les autres: tous ceux qui ne présentent pas les signes de l'égalité parfaite doivent se combattre.

Boudieu est un furieux qui donne des arguments aux frustrés "révolutionnaires", ces gens qui n'arrivent pas à trouver des ressources intellectuelles suffisantes, et donc sécurisantes, parce qu'ils ne veulent pas faire l'effort d'une réflexion et préfèrent croire que tout est de la faute de l'autre, surtout si cet autre ne leur ressemble pas à 100%.

Voilà, Albertine, je ne prétends pas ici à un discours "scientifique" pour descendre Boudieu, mais je m'appuie simplement sur mes propres perceptions face à ceux qui brandissent en étendards les textes de ce bâtard, des thèses qui puent la revanche et l'égalitarisme à plein nez.