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Sunday, August 16, 2009

Perdre son temps

Je reparle de FriendFeed parce que j'ai passé un long moment, dans la journée, à mettre les choses au point, sur le feed de Sebayoun, qui, je crois, va plutôt dans mon sens.

Il y a des gens qui ne sont en ligne que dans le but d'avoir de simples échanges de parole à un niveau de conversation totalement superficiel. Ils se contentent de rester dans un mode d'interaction purement phatique. On sent bien que le Web, pour eux, ne représente qu'un outil à produire de l'illusion, comme celle d'être une personne populaire, aimée et admirée de tous. Évidemment, c'est une illusion qu'il vaut mieux les laisser entretenir, parce qu'on devine chez ces individus, qu'ils se sont identifiés à des personnages "célèbres" selon les critères de Paris Match.

Mais, en réalité, tout indique que quelque chose ne tourne pas rond dans leur misérable vie ordinaire. Pour en avoir une idée, il n'y a qu'à constater comment ils s'excitent contre le voile islamique, et ceci depuis vingt ans, alors que le fait que, tous les trois jours, une femme trouve la mort suite à des violences conjugales, les laisse de marbre.

Pour toutes ces raisons, je ne passe pas beaucoup de temps en leur compagnie et je considère que dans la plupart des cas, avoir une discussion avec ces individus, c'est perdre son temps. Au mieux, ce type d'échange peut être considéré comme un simple exercice de rhétorique, ce qui peut être parfois plaisant, comme une séance de blabla au Café du Commerce qui ne s'éternise pas trop, le temps d'avaler un verre de Coca-Cola. Des exercices qui doivent se faire occasionnellement, sous peine de devenir très fastidieux.

Saturday, March 14, 2009

Sous le joug

On peut regretter que les rédacteurs de blog s'auto-censurent, alors que, comme RoseNoire le fait remarquer, "dans la mesure où on respecte les lois en vigueur dans le pays où est basé l'hébergeur, un blog reste quand même un espace de liberté assez souple. Ce sont les convenances sociales recréées en passant du réel au virtuel qui le verrouillent."

Si les gens blogguent pour se faire des "amis" et atteindre des sommets de popularité sur le Wikio, c'est sûrement très bien, mais ils passent à côté de la principale fonction du blog : pouvoir se soulager en partie du poids des conventions sociales et gagner, en conséquence, une plus grande liberté d'expression. Ce qui permet de dire, quitte à passer pour un "mal luné", certaines choses, des trucs que la majorité des gens savent, mais dont ils n'osent pas discuter, de crainte d'avoir à assumer leurs propos.

Je ne parle pas de ces bloggers qui s'en prennent, à longueur de posts, à Sarkozi, à Dati, à Parisot ou au Pape. Ces gens sont atteint du syndrôme du "résistant". Ces bas de plafonds, souvent à l'âge de la retraite, se placent dans des postures toutes aussi grotesques que pitoyables. Tels les membres du LeftBlog, ils braillent abrités par la masse du réseau. Pourtant, comme en 40, ils résistent autant qu'une merde de chien sous le poids des rangers - bien sûr, on évitera de mettre les pieds dans la merde pour des raisons évidentes.

Bref, le relatif anonymat dont peut bénéficier un blogger devrait lui permettre de ne pas s'auto-censurer, mais de s'exprimer réellement, véritablement. Dans le cas contraire, les blogs ne sont que de pâles copies des pseudo-débats organisés sur les plateaux TV, qui s'inscrivent parfaitement dans la catégorie infotainment, celle qui donne l'impression au citoyen de participer à la chose publique, tout comme un hooligan croit qu'il tape dans le ballon quand il assiste à un match de foot.

Evidement, personne n'est obligé de me croire, chacun peut se contenter de blogguer comme il l'a fait jusqu'à ce jour. De mon côté, je n'ignore pas les raisons qui poussent les timides à se masser comme des veaux pour beugler à l'unisson. C'est un phénomène naturel, c'est humain. Mais, qu'on ne vienne pas me parler du libre arbitre, sinon je serai obligé de poser les questions qu'il y a fort longtemps, Nietzsche posait déjà : "Tu t'appelles libre? Je veux que tu me dises ta pensée maitresse, et non pas que tu t'es échappé d'un joug. Est-tu quelqu'un qui avait le droit de s'échapper d'une joug? Il y en a qui perdent leurs dernières valeurs en quittant leur sujétion."

Wednesday, March 11, 2009

Non à la routine !

spice up your blog
Nous sommes Mercredi et il est peut-être temps de faire un billet qui porte en lui tout le poids de la zizanie, plein des ingrédients qui donneront naissance à une grosse polémique, le truc pour lequel les bloggers s'arrachent les cheveux, rameutent leurs troupes, complotent en secret par mails, affichent leur solidarité en surface, appellent à signer des pétitions, désignent des boucs émissaires, convoquent la loi, réclament le concours de leurs avocats, menacent de faire des procès et finissent par s'insulter, pour ensuite couper des liens, bannir des clampins, etc.. Haaaaa, quel bonheur !

Bon, il me faut sortir, mais je vais y réfléchir. Il doit bien exister un truc qui devrait pouvoir secouer l'apathie générale, la petite routine du blogger moyen.

J'y penserai... et, si vous avez des idées, n'hésitez pas à nous en faire part. En disant ça, je m'adresse particulièrement aux lecteurs qui n'ont pas de blogs, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas d'idées.

Saturday, February 21, 2009

L’illusion rhétorique

L’illusion rhétorique consiste à croire que les arguments de chacun comptent, alors que l’objet de la réunion et du dialogue est plutôt la reconnaissance mutuelle du rôle de chacun.

Michel Meyer, Principia rhetorica. Une théorie générale de l’argumentation.

Wednesday, February 11, 2009

A tous les Renés

Je crois que le discours xénophobe, qui se situe à la limite du racisme ["exogène" est un terme révélateur qui se rapporte à la biologie est qui en aucun cas n'est employé par les ethnologues ou sociologues car cela n'a aucun rapport avec la culture ou la société], que vous tenez René [Lire en commentaires], vous ne le percevez pas comme tel, simplement parce que c'est probablement dans votre milieu une manière soft de refuser l'autre. Alors, bien sûr vous pensez avoir de bonnes raisons pour justifier ce refus. Comme vous n'êtes pas complètement stupide vous savez que vous n'y gagnerez rien en vous attaquant aux musulmans de front: aussi vous en passez par la chasse à de petits objets symboliques tel que le voile. Ensuite comme vous avez eu gain de cause sur le voile à l'école, vous demandez l'interdiction du burqa, ou de je ne sais trop quoi, tout en rêvant de faire tomber dans le futur les mosquées.

Moi, je veux bien, mais ne venez pas essayer de faire croire le contraire. Ne faites pas comme ces antisémites qui se déclarent anti-sionistes, ou ces anti-américains qui se disent anti-bush, etc... Cette façon de procéder par métonymie ne trompe que ceux qui veulent bien être trompés. Je sais que dans ce pays qui s'auto-proclame pays de la Liberté, la principale des libertés, la liberté d'expression, est censurée et que vous risquez une condamnation pour propos racistes, ce qui vous a conduit à développer un système rhétorique qui contourne la loi.

Honnêtement, je m'en fous complètement que vous soyez, vous et vos amis, xénophobes, racistes, suprématistes ou ce qui vous chante: je suis pour la diversité ! Pour que vous puissiez penser et dire ce que vous voulez. Mais si vous voulez véritablement la liberté d'expression, pourquoi ne pas commencer par montrer l'exemple, au lieu de vous cacher derrière un burqa pour exprimer le rejet d'une culture qui ne s'apparente pas à la votre et que, soyez honnête, vous aimeriez voir disparaître de votre environnement culturel ?

Vous avez une chance inouïe de conquérir cette liberté de parole avec le Net et de pourvoir exprimer vos idéaux devant un grand nombre de personnes, quelque chose de quasi-impossible pour le common people il y a encore 10 ans. Allez-y profitez en ! Cessez de vous masquer, avancez à découvert, faite retentir vos idées clairement ! Cessez de vous mentir, et par conséquent de prendre les autres pour des cons !

Sunday, June 1, 2008

Méchant Corax

J'ai déjà eu l'occasion, par le passé, de parler de rhétorique sur Cloudy Days. Début 2007, j'avais publié un billet qui met Corax en scène. Je ne pense pas que tout le monde l'ait lu. Je crois que c'est le moment de le coller à nouveau en ligne, surtout que, dans la nuit, j'ai eu l'occasion de parler de la "maîtrise" du discours à Puuluki.

La rhétorique prend sont origine en Sicile
, alors colonie grecque. La chute des tyrans, tout particulièrement celle de Trasibul, roi de Sicile, en -465, entraîna la revendication, sous forme de procès, des propriétés privées dont s'étaient emparés les anciens chefs des villes siciliennes. Les causes étaient plaidées par les intéressés eux-mêmes devant des jurys populaires. A cette occasion, certains plaideurs surent recourir à des procédés qui leur assura la victoire. Les premiers, Corax et son disciple Tisias eurent l'idée de les noter, de les systématiser et de les enseigner. Ils rédigèrent des formulaires-guides à l'usage des parties en litige.
Vers -460, Corax écrivit un manuel : Technè rhétorikè, qui constituait un ensemble de préceptes pratiques éclairés par des exemples. Selon un témoignage d'Aristote repris par Cicéron, les discours oratoires auraient existé avant eux, mais non pas sous la forme de discours soumis à des règles de production précises.

C'est dans ce contexte qu'un certain Tisias, ayant entendu dire que la rhétorique est l'art de persuader, s'en va trouver Corax pour se former dans cet art. Mais une fois qu'il n'eut plus rien à apprendre, il voulu frustrer son maître du salaire promis. [O. Reboul, La rhétorique, PUF, 1996]
Les juges s'étant rassemblés, Tisias eut recours, dit-on, devant ce dilemme :

- Corax, qu'as-tu promis de m'apprendre ?
- L'art de persuader qui tu voudras.
- Soit, reprit Tisias : ou bien tu m'as appris cet art, et alors souffre que je te persuade de ne point toucher d'honoraires ; ou bien tu ne me l'as pas appris, et dans ce cas je ne te dois rien, puisque tu n'as pas rempli ta promesse."

Mais Corax à son tour riposta, dit-on, par cet autre dilemme :

- Si tu réussis à me persuader de ne rien recevoir, il faudra me payer, puisque j'aurai ainsi tenu ma promesse. Si au contraire tu n'y arrives pas, dans ce cas encore il faudra me payer, à plus forte raison !

En guise de verdict, les juges se contentèrent de dire :

- A méchant corbeau* méchante couvée !

*corbeau : Corax
04:30 PM - Mais qu'est-ce qu'il vous arrive, Puuluki, vous avez mangé une boite de thon sauce piquante avariée ?