Friday, February 13, 2009

Mourir

Mis à part l'inscription sur Slate.fr, je n'ai rien de particulier à dire sur la journée qui vient de s'écouler. Je l'ai déjà signalé : j'aime utiliser les blogs sous forme de simples bloc-notes, d'aide-mémoires. J'ouvre ce post uniquement pour me remémorer un extrait d'une nouvelle d'Albert Camus que j'avais déjà mise en ligne par le passé. Publier une citation, la mettre en ligne est une bonne façon de refaire vivre les quelques mots qui la composent... pour un certain temps... 

Dans une de ses nouvelles, "La femme adultère", tirée du recueil "L'exil et le royaume", Camus décrit deux commerçants d'Alger, Marcel et Jeannine, mariés depuis vingt ans, un bail bien trop long pour que leur amour, vivace au début, n'ait pu être usé. Une nuit, Jeannine a une révélation. Après avoir quitté la chambre commune et s'être exposée au vent glacé du désert, elle regagne le lit, un évènement que Camus commente en ces termes :
Marcel avait besoin d'elle et elle avait besoin de ce besoin, elle en vivait la nuit et le jour, la nuit surtout, chaque nuit où il ne voulait pas être seul, ni vieillir, ni mourir, avec cet air buté qu'il prenait et qu'elle reconnaissait parfois sur d'autres visages d'hommes, le seul air commun de ces fous qui se camouflent sous des airs de raison, jusqu'à ce que le délire les prenne et les jette désespérément vers un corps de femme pour y enfouir, sans désir, ce que la solitude et la nuit leur montrent d'effrayant. Marcel remua un peu comme pour s'éloigner d'elle. Non, il ne l'aimait pas, il avait peur de ce qui n'était pas elle, simplement, et elle et lui depuis longtemps auraient dû se séparer et dormir seuls jusqu'à la fin. Mais qui peut dormir toujours seul? Quelques hommes le font, que la vocation ou le malheur ont retranché des autres et qui couchent alors tous les soirs dans le même lit que la mort (...). Elle l'appela de tout son cœur (...). Elle aussi avait peur de mourir (...)

Slate en français

J'ai au une peu de mal, hier, à accéder à ce nouveau site, un "pure player", autrement dit un site Internet, non adossé à un titre écrit, consacré à l'information: le serveur ne répondait pas. Mais, ce soir, tout est rentré dans l'ordre et Slate.fr tourne parfaitement.

L'ambition de Slate.fr est de devenir l'un des principaux lieux en France d'analyses et de débats dans les domaines politiques, économiques, technologiques et culturels. Alors, je m'y suis inscrit.

Vous connaissiez peut-être Slate.com qui appartient au groupe Washington Post. C'est le cinquième site de presse aux Etats-Unis par l'audience, le premier qui ne soit pas la traduction numérique d'un journal ou d'une chaîne de télévision.

Les fondateurs de Slate.fr sont Jacques Attali, Jean-Marie Colombani, Johan Hufnagel, Eric Le Boucher, Eric Leser. Ils ont noué un partenariat éditorial exclusif avec Slate.com. Et je suppose que ces noms vous sont connus. Il est donc inutile de présenter ces journalistes, mais si vous tenez à en savoir un peu plus, Johan Hufnagel est interviewé sur fluctuat.net.

D'après Hufnagel "slate" correspond littéralement à "ardoise" mais Urban Dictionary donne aussi ces définitions:
to slate = to cuss, to insult
a slate = an insult
La naissance d'un nouveau site d'information est une bonne chose pour le pluralisme de la presse, mais aussi une bonne chose au regard de la démocratie.

Longue vie à Slate.fr !

Wednesday, February 11, 2009

A tous les Renés

Je crois que le discours xénophobe, qui se situe à la limite du racisme ["exogène" est un terme révélateur qui se rapporte à la biologie est qui en aucun cas n'est employé par les ethnologues ou sociologues car cela n'a aucun rapport avec la culture ou la société], que vous tenez René [Lire en commentaires], vous ne le percevez pas comme tel, simplement parce que c'est probablement dans votre milieu une manière soft de refuser l'autre. Alors, bien sûr vous pensez avoir de bonnes raisons pour justifier ce refus. Comme vous n'êtes pas complètement stupide vous savez que vous n'y gagnerez rien en vous attaquant aux musulmans de front: aussi vous en passez par la chasse à de petits objets symboliques tel que le voile. Ensuite comme vous avez eu gain de cause sur le voile à l'école, vous demandez l'interdiction du burqa, ou de je ne sais trop quoi, tout en rêvant de faire tomber dans le futur les mosquées.

Moi, je veux bien, mais ne venez pas essayer de faire croire le contraire. Ne faites pas comme ces antisémites qui se déclarent anti-sionistes, ou ces anti-américains qui se disent anti-bush, etc... Cette façon de procéder par métonymie ne trompe que ceux qui veulent bien être trompés. Je sais que dans ce pays qui s'auto-proclame pays de la Liberté, la principale des libertés, la liberté d'expression, est censurée et que vous risquez une condamnation pour propos racistes, ce qui vous a conduit à développer un système rhétorique qui contourne la loi.

Honnêtement, je m'en fous complètement que vous soyez, vous et vos amis, xénophobes, racistes, suprématistes ou ce qui vous chante: je suis pour la diversité ! Pour que vous puissiez penser et dire ce que vous voulez. Mais si vous voulez véritablement la liberté d'expression, pourquoi ne pas commencer par montrer l'exemple, au lieu de vous cacher derrière un burqa pour exprimer le rejet d'une culture qui ne s'apparente pas à la votre et que, soyez honnête, vous aimeriez voir disparaître de votre environnement culturel ?

Vous avez une chance inouïe de conquérir cette liberté de parole avec le Net et de pourvoir exprimer vos idéaux devant un grand nombre de personnes, quelque chose de quasi-impossible pour le common people il y a encore 10 ans. Allez-y profitez en ! Cessez de vous masquer, avancez à découvert, faite retentir vos idées clairement ! Cessez de vous mentir, et par conséquent de prendre les autres pour des cons !

Tuesday, February 10, 2009

Xénophobie low cost

"Je suis le contraire d'un xénophobe, et a fortiori d'un raciste." Quand un mec se donne la peine de préciser ce genre de choses, n'allez pas chercher plus loin, il ne s'évertue qu'à se rassurer lui-même, sur son propre compte - bien que ça ne trompe personne - pour pouvoir ensuite tenir le discours classique du xénophobe lambda. Je ne le connais pas, mais je suis certain qu'il a un copain qui s'appelle Miloud, ou Kader et dont il parlera, si nécessaire, en cas de reproche quant à son attitude... stupide. J'ai du mal à qualifier ce comportement, tellement c'est banal dans le paysage français, et, "stupide" me semble le terme le plus adapté.

La suite est conforme à la plus pure diatribe classique, celle qu'on entend lorsqu'un ensouché moyen exprime ses angoisses. Un modèle du genre:
"Ca ne me pousse pas à accepter n'importe quoi, n'importe quel comportement, n'importe quelle tenue vestimentaire, n'importe quel rite social. Si telle femme musulmane porte une bourka parce qu'elle y est contrainte, je me féliciterais que la loi de mon pays en interdise l'usage. Si, au contraire, elle la porte volontairement en application de ses principes religieux ou culturels, alors qu'elle la porte, mais dans son propre pays et pas ici. Sa culture est CONTRAIRE à la nôtre (et je ne parle pas ici QUE de la bourka). Si elle vit ici, c'est à elle de s'adpater, pas à nous..."
Le mec en question n'est même pas en mesure d'imaginer que la femme au burqa soit aussi française que lui et qu'elle n'ait pas d'autre pays d'origine que la France. On peut même imaginer que cette femme soit apparentée avec le duc d'Orléan - bon... d'accord, j'ai une imagination fertile.

Enfin... je vous laisse juge...

Monday, February 9, 2009

Les gogooglelisés

Barbara Cassin, philosophe et directrice de recherche au CNRS, dénonce sur Rue89, le "scandale" de la méthode de notation - évaluation des enseignants-chercheurs - qui, à l'instar de Google, fait que "la qualité devient une propriété émergente de la quantité".
Pour Google, ce qui est mis au-dessus, c'est ce vers quoi le plus de sites renvoient, c'est-à-dire une pratique de citations. C'est comme ça que ça se passe pour les chercheurs. Plus vous écrivez de textes dans des revues répertoriées, plus ces textes sont cités, plus vous êtes bien classés.
Valérie PécresseJean-Marie Brohm, philosophe et sociologue, que je connais d'assez près, donne une idée plus complète de ce qui freine la recherche et tout le reste. Son analyse, Sociologie critique et critique de la sociologie, s'applique, à mon avis, à tous les départements de l'Université française.
L’une des dimensions les plus critiques de la sociologie critique est l’analyse non euphémisée des mœurs et pratiques professionnelles des sociologues. On juge quelqu’un, disait Marx, non pas sur ce qu’il dit ou écrit, mais sur ce qu’il fait. Or, les diverses “équipes”, coteries, corporations, écuries, réseaux affinitaires, sociétés secrètes qui font et défont la sociologie sont pris dans d’impitoyables logiques de pouvoir et de concurrence où les jeux ne sont pas tous de langage et les enjeux jamais ludiques. Les gestions de carrière (les promotions...), les nominations (les mutations...), les ambitions de carrière (les habilitations individuelles et collectives, les responsabilités administratives), les publications dans les revues, les colloques, les jurys de thèse, les voyages à l’étranger donnent lieu à de peu reluisantes violences symboliques (rumeurs calomnieuses, insinuations, excommunications, amagalmes, etc.) ou, pire, administratives (blocages de carrière, marginalisation, harcèlement) dont sont d’abord victimes les jeunes sociologues. Ce n’est que rarement ou alors par discrète allusion que sont évoquées les pratiques de lynchage des “meutes” sociologiques pour paraphraser Elias Canetti (Canetti 1966). La sociologie de la sociologie et des sociologues refoule ainsi soigneusement les luttes de places, les stratégies de classement, déclassement et reclassement, les alliances douteuses, les connivences sans principes, les refus d’argumentation, les exclusives disqualifiantes, la mauvaise foi et l’opacité bureaucratique qui sont l’apanage de toute nomenklatura et que l’on peut régulièrement observer dans les commissions locales de recrutement, les comités de lecture des revues et des éditions, les comités d’expertise et d’évaluation et par dessus tout au CNU (Conseil national des universités) qui décide du sort des jeunes entrants et du prestige des vieux sortants (la fameuse classe exceptionnelle...).
"On le voit, la sociologie critique dispose de peu d’espace pour exister..." dit Brohm, en conclusion. Mais la connerie a largement la place pour se développer et prospérer, n'est-ce pas ?

Socialisme des cavernes

Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS / Sciences Po, a lu le bouquin que viennent de publier Besancenot et Bensaïd : Prenons parti. Pour un socialisme du XXIe siècle. Grunberg nous fait remarquer que depuis plus de cent cinquante ans, une infinité de textes anticapitalistes ont été écrits. Il affirme que "celui-ci [Prenons parti] est indéniablement l’un des plus vides". Pour ce chercheur :
"L’argumentation est réduite à sa plus simple expression. Le capitalisme étant la cause de tous les maux, il suffit de le supprimer. Et pour cela, le peuple doit le vouloir et se lever, car il ne faut pas compter sur les élections pour cela. La crise actuelle peut être résolue ainsi: "Dès aujourd’hui, nous prétendons qu’en donnant à la majorité du peuple un emploi stable, correctement rémunéré, avec une protection sociale généreuse et plus de services publics, non seulement les pouvoirs publics prendraient des mesures de justice sociale et de solidarité, mais ils emprunteraient la seule voie de rationalité économique possible qui permettrait la sortie de crise" (p.24)."
"Aussi simple que cela", ironise Grunberg.

Thursday, February 5, 2009

2004: Scheiroblog Odyssey

En fin de matinée, BBL, m'a demandée: "Ton premier blog sur Blogger, tu l'avais intitulé comment ? Je ne m'en souviens plus." Il m'a fallu quelques secondes pour scanner ma cervelle : "Scheiroblog, tout simplement." BBL a répliqué : "Ha, oui ! C'est dommage que tu l'aies écrasé, il me plaisait bien." Et puis, on en a plus reparlé.

Je ne sais pas pourquoi, ce bref échange de paroles m'est revenu à l'esprit, il y a quelques minutes. Alors, j'ai eu l'idée de vérifier sur Wayback Machine, s'il n'existait pas une copie de ce défunt blog.

J'ai eu la bonne surprise de retrouver une page de Scheiroblog, archivée le 8 Février 2006 dans les entrailles de la machine à remonter le temps.

A cette période là, la liberté d'expression était en question, à cause du bordel que les Musulmans faisaient à travers le monde en découvrant les caricatures du prophète Mohammed, publiées quelques mois auparavant, dans un journal danois. Mais ce qui m'a vraiment fait rigoler, c'est que le moral des Français étaient déjà en berne, au niveau des ressortissants du Zimbabwe !

Dommage que Wayback Machine n'ait pas conservé des pages encore plus anciennes, celles de l'âge d'or du bloggin', avant la chute.

Wednesday, February 4, 2009

52 civils ont été tués

Au moins 52 civils ont été tués dans le nord du Sri Lanka, alors même que la communauté internationale réclame la fin des hostilités pour sauver 200.000 civils pris au piège des combats qui font rage entre l’armée et les rebelles tamouls. L'unique hôpital en zone de guerre a été évacué mercredi après avoir été pris sous le feu des combats pendant seize heures.

Commentaire de Marcel le Coq, à 10:08 h, le 4/02/2009, sur Le Soir :
La vie des Sri-Lankais n'a décidément pas la même valeur que celle des Palestiniens. Pas un article comminatoire dans la presse, pas une manif avec drapeaux brûlés, pas de déclarations des associations et partis d'extrême gauche contre les crimes de guerre et pour la poursuite des coupables. En fait, s'il n'y a pas Israël dans le titre, tout le monde s'en fout bien. Ca jette un doute sur la sincérité de certains soutiens tonitruants à la cause palestinienne. Combien faut-il de cadavres srilankais pour un linceul gazaoui ?
Où sont les islamo-gauchistes européens quand, dans le Sri Lanka, la guerre civil dure depuis 37 ans et a fait plus de 70 000 morts ? Honte aux européens à sensibilité variable, indifférentes à toutes les autres souffrances, nombreuses et bien pires dans lesquelles Israël n'est nullement impliqué, que fait preuve de compassion juste pour les terroristes.
Marcel résume parfaitement ce que je pense de la psychologie, du comportement, c'est à dire de l'éthique des "humanistes" européens qui représentent, selon mes critères, sur mon échelle de valeurs, la lie de la civilisation occidentale.

Aussi, je vous laisse le soin d'exprimer votre opinion à ce sujet, mais vous aurez du mal à me faire accepter l'idée que nos "braves pacifistes" sont animés par d'honnêtes convictions. Je sens un relent de pourriture qui flotte dans l'arrière salle de notre société qui , pourtant, se veut si pure, et ça me soulève le coeur.
"L'air pur et le parfum des fleurs nous seraient moins favorables que l'odeur de fosse d'aisance et le relent de charogne que nous respirons ici." Léon Bloy, Journal, 1895, p. 188.

Tuesday, February 3, 2009

Les influenceurs taklamakandais

Selon l'école de Palo Alto, certains individus ont de l'influence sur les autres dans les relations interpersonnelles, ils sont écoutés et suivis quand ils parlent. Les individus influents sont généralement plus ouverts aux diffusions collectives, et plus influencés par elles. Ils sont eux-mêmes soumis à des influences personnelles.

Dans tous les cas, sur le web, les individus influents apparaissent comme servant à relier, par la médiation d'un ordinateur, les membres de leur groupe avec le milieu extérieur, et notamment avec les idées et informations diffusées collectivement. Ils jouent un rôle, direct ou indirect de relais.

Ceci fonctionne parce que "les individus redoutent l'isolement social et pour l'éviter ils expriment les opinions qu'ils considèrent admises par la majorité. Parallèlement, ils censurent celles qu'ils sentent impopulaires. Ce comportement va donc renforcer l'opinion de la majorité, ce qui mène à la suppression de la minorité, créant ainsi une spirale du silence." [Elisabeth Noelle-Neumann].

Pour le dire autrement, l'influenceur ne représente qu'un relais sur les autoroutes de l'information, un relais par lequel le lecteur passe pour faire un plein de carburant. C'est à dire pour remplir le réservoir de son blog des dernières rumeurs qui courent sur le Web. Il échange, par la même occasion, quelques nouvelles sur l'état de la bloggosphere, et reprend la route tout en gardant la direction vers l'objectif qu'il s'était fixé avant l'arrêt au relais. Sauf s'il apprend que cette direction risque de le conduire vers un univers de désolation, un désert que la divine Doxa ignore et ne fréquente pas. Les relais, ou influenceurs, servent donc à prendre la "bonne" direction, la voie la plus fréquentée, celle où l'on se sent en sécurité, bien inséré au coeur du troupeau en pleine transhumance.

Vous qui venez de vous arrêtez sur Cloudy Days, percevez-vous son immense influence, ne redoutez-vous pas de finir votre trajet comme une momie du Taklamakan ?

Sunday, February 1, 2009

Sing Along

rowdies
Si vos 20 ans n'ont pas coïncidé avec le début des années 70, c'est regrettable parce que vous êtes passé à côté d'une époque "formidable" qui ne sera pas reproduite de sitôt. Il fallait pour vivre cette époque une dose hallucinante de naïveté et une confiance en l'avenir qui semble totalement impensable de nos jours.

Si vous avez 2 minutes devant vous et envie de pousser quelques cris d'horreur, rendez-vous sur: Really Bad Cover Art.